lundi 23 novembre 2009

Internet et l'action syndicale

L'enjeu de l'Internet n'est pas nouveau à la CGT qui assure déjà une présence remarquée sur ce média. Pour autant, l'ambition d'une pleine exploitation stratégique de l'Internet reste timide. A l'heure où de nouvelles formes relationnelles, d'expression citoyenne, de rassemblements entre communautés affinitaires, voire de luttes sociales s'organisent et se médiatisent via l'Internet, il devient incontournable, pour la CGT, d'investir pleinement ce territoire.





De l'individuel au collectif

L'ordinateur a façonné l'image d'un individu face à la machine, dépendant, voire victime de la technologisation de la société. Mais, l'important, c'est ce qui ne se voit pas : les liens qui unissent les internautes dans de multiples réseaux, souvent informels, le fait que l'ordinateur permette d'externaliser des fonctions jusqu'à présent assurées par les individus (mémoire, communication, recherche d'informations...) libérant ainsi du temps et de l'espace pour développer les capacités créatrices de chacun.
Ce ne sont pas les techniques qui formatent les individus, mais l'idéologie qui a présidé à leur naissance et qui accompagne leur exploitation. En l'occurence, l'idéologie libérale a fortement imprégné les comportements.
Or, cette idéologie est sérieusement mise à mal et la pratique de nombreux internautes qui cherchent à intégrer ou à constituer des réseaux d'intérêts communs tend à la mettre en cause dans sa forme, l'individualisation, et dans ses contenus, c'est-à-dire la régulation de nos sociétés par les lois du marché et la marchandisation des rapports sociaux.
La CGT doit soutenir ce mouvement en y contribuant, par son expérience des luttes, sa présence dans les entreprises et dans les territoire, en s'appuyant sur la confiance dont bénéficie la CGT auprès des salariés.


De la technique aux usages

Les technologies ne sont plus seulement des outils, elle sont désormais de véritables médias, et, de nouveauté dans le monde de la communication, des médias interactifs.
En effet, après l'Internet "bibliothèque mondiale", dit aussi "web 1", nous vivons la génération des internautes du "web 2", centré autour des valeurs d'échange et de partage. C'est le passage de l'individuel au collectif ; de l'internaute, consommateur "passif" d'information à l'internaute acteur, coproducteur de contenus et parfois même "influenceur" au sein de réseaux d'opinion.


La présence de la CGT sur la toile

Mais gardons-nous de tout déterminisme : ce ne sont pas les techniques, mais l'appropriation massive de leurs applications qui est à l'origine des profondes mutations dans la production et la diffusion de l'information et dans la communication.
L'enjeu n'est donc pas technique, mais social et politique : pour pourvoir aujourd'hui son rôle de syndicat, assurer sa présence en tout lieu et être pleinement en phase avec les salariés, la CGT doit à son tour investir les outils et réseaux contemporains d'information, de communication et d'influence que les salariés utilisent au quotidien.
L'action syndicale ne peut aujourd'hui faire l'économie d'Internet, pas plus qu'elle n'a pu se passer du téléphone ou du fax. Le courriel ne remplacera pas le tract, la toile ne supplantera pas l'affichage, les réseaux sociaux virtuels ne se substitueront pas au contact personnel. En revanche, les nouvelles technologies nous offrent l'opportunité de renforcer, prolonger et diversifier nos actions et communications.
L'usage d'Internet s'est déjà largement démocratisé au sein des structures de la CGT : le site confédéral a enregistré plus de 3 millions de visites depuis mai 2008, et, depuis la rentrée, il comptabilise 10 000 visiteurs par jour. Récemment, la pétition contre la privatisation de La Poste lancée par la Fapt a recueilli, en ligne, plus de 90 000 signatures en quelques semaines. Les forums mis en place à l'occasion de la préparation du 49e congrès confédéral ont généré 300 contributions en quelques mois ; quant aux fédérations professionnelles et aux unions départementales et locales, la quasi-totalité d'entre elles disposent d'un site Internet et l'on recense 400 blogs créés par des syndicats ou des unions locales.
Il va sans dire que les jeunes qui rejoignent aujourd'hui la CGT ont besoin de retrouver leurs modes de communication habituels : Internet, courriels, mobiles, blogs, réseaux sociaux... La CGT peut s'appuyer sur eux pour peaufiner le développement de tous les usages utiles à l'action et aux revendications syndicales.
La CGT doit leur faire confiance et son action, son influence s'en trouveront considérablement renforcées.
Reste que ces nouveaux comportements interpellent l'organisation de la CGT, sa stratégie de communication et ses habitudes d'expression.



Faire évoluer les structures et réseaux CGT

D'une spécificité intéressante de ces nouveaux modes de communication, c'est qu'ils se développent de façon transversale. Plus de 12 millions d'internautes affichent leur méfiance à l'égard des médias classiques, affirment s'informer sur Internet et passent désormais plus de temps devant leur ordinateur que devant la télévision. Si l'on ajoute à cela le développement exponentiel de la communication par mobile, on prend toute la mesure du bouleversement qui s'est opéré tant au niveau du fonctionnement des circuits d'information que de leur nature, de leurs contenus et de leurs usages.
En France, 12 millions de blogueurs sont recensés. A l'initiative de quelques camarades, un groupe de "fans de la CGT" s'est créé et réunit aujourd'hui plus de 2 000 "amis" sur Facebook.
Autre point intéressant, les salariés isolés peuvent être rassemblés en tout lieu du pays via les réseaux sociaux.
Travailleurs saisonniers, intermittents, services à la personne, salariés des Pme et Tpa... Grâce aux nouveaux médias, nos structures peuvent désormais s'adapter à toutes ces formes de salariat, même plus éclatées.



Investir les réseaux sociaux

Ce qui structure durablement l'accès à l'information et la communication entre les individus, c'est l'émergence et le développement des réseaux fondés sur des affinités et des convergences d'intérêts qui s'organisent sous forme de communautés.
La CGT, qui, à l'instar de toute force contestataire de l'ordre social établi, fait l'objet d'une discrimination constante dans les médias classiques, a donc tout à gagner à investir ces nouveaux territoires de rencontres, d'échanges et de dialogue. Pour ce faire, la CGT n'a pas besoin de remettre en cause ses anciennes méthodes de communication ; il s'agit plutôt d'ajouter de nouvelles cordes à son arc. En prenant appui sur son réseau de syndiqués et militants actuels, elle peut prolonger, renforcer ou donner de la visibilité à leurs activités sur ou par le biais d'Internet. Premier avantage qui en découle, le gain de temps qui se traduit notamment pas une plus grande liberté d'organisation pour les militant-e-s. CGT. Autre avantage, et non des moindres, la facilité de diffusion des contenus, qu'il s'agisse de textes, d'images, de sons ou de vidéos,, la CGT permet de valoriser ses actions et d'en accentuer la portée médiatique auprès d'un public ciblé.
Les ambitions de syndicalisation, de syndicalisme rassemblé auraient bien du mal à se concrétiser si la CGT ne se fixait pas pour objectif d'étendre sur Internet son réseau de syndicats, de fédérations, d'unions locales et départementales et d'entités internationales.

Développer une culture d'Internet propre à la CGT

Internet est devenu un phénomène de société, de toutes les sociétés, sur tous les continents.
Il révèle et soulève des questions d'avenir pour la production, l'information et la communication, la vie en société, au travail et hors du travail, la vie intellectuelle, la création et la vie culturelle..., autant de sujets qui concernent de près l'action de la CGT et celle de ses militants.
Il y a là une opportunité dont la CGT, avec son réseau social très étoffé, doit se saisir : en se dotant d'un réseau ouvert sur la société et en adoptant une politique d'échange et de partage des informations et des idées qui concernent les salariés et leurs combats.
Les conditions existent pour accomplir un effort décisif dans l'investissement des réseaux Internet par toutes les organisations de la CGT. Ne reste plus, à présent, qu'à saisir ces opportunités.

49ème congrès CGT : ce qui a été fait et ce qui reste à faire

Nous ne sommes plus qu'à quelques semaines du congrès confédéral de la CGT. Ce sera l'occasion de dresser le bilan des trois années écoulées.
Tentons en quelques lignes de pointer ce qui a été fait et ce qui reste à faire :



Ce qui a avancé

La CGT a conforté son influence aux diverses élections
  • Elle a progresser aux élections prud'homales. La CGT reste la première organisation syndicale avec 34 % et creuse l'écart avec la CFDT.
  • La CGT progresse également aux élections d'entreprises.
La CGT pèse dans les négociations avec le patronat et le gouvernement
  • Tout le monde lui reconnaît sa place et sa crédibilité dans les négociations,
  • La CGT pèse sur les débats et les textes par sa capacité d'expertise et de réflexion.
La CGT reconnue pour sa volonté unitaire
  • La CGT a effectué un rapprochement avec la CFDT sur plusieurs dossiers,
  • La CGT a été moteur dans le développement des luttes unitaires avec toutes les autres centrales syndicales,
  • La CGT s'est impliquée fortement dans le syndicalisme européen.

Ce qui doit avancer

La CGT doit encore progresser pour s'adapter aux nouvelles conditions du salariat
  • Elle reste trop porteuse des revendications du public et des gros bastions du privé,
  • Elle est encore trop éloignée de la sous-traitance, de l'intérim ou des précaires,
  • La CGT doit réformer ses structures pour être présente là où l'activité se développe et non l'inverse (exemple : les services, le commerce...).
La CGT doit étendre son influence
  • La CGT ne peut pas prétendre représenter l'ensemble des salariés. Elle est seulement capable de s'adresser au quart des salariés français,
  • Avec 652 000 adhérents, la CGT est loin de son objectif de réunir un million de syndiqués,
  • La CGT a une représentation très embryonnaire en d'hors de la fonction publique, les entreprises publiques et les grands groupes industriels.


Tous ces déséquilibres handicapent la CGT. Il va falloir encore beaucoup progresser pour devenir la CGT de tous et une CGT efficace.
La CGT doit aussi se préoccuper très fortement de l'emploi des jeunes, l'insertion et le sous-emploi et faire avancer sa proposition de sécurité sociale professionnelle.

Discrimation syndicale : de nouveaux points de marqués

Depuis que la CGT a levé le voile sur la discrimination syndicale dont sont victimes des centaines de ses militants, les dossiers qui aboutissent se multiplient.
Deux nouveaux dossiers importants viennent d'obtenir gain de cause :
  • le conseil de prud'hommes de Martigues vient de condamner ArcelorMittal pour discrimination syndicale à l'égard de 11 représentants CGT. Affaire à suivre ;
  • la bataille entreprise chez "Airbus" il y a plus de douze ans vient de se terminer devant la Cour de cassation.

En 1997, le syndicat CGT d'Airbus (à l'époque Aérospatiale) se bat sans relâche pour faire reconnaître la discrimination syndicale dont sont victimes ses représentants, actifs et retraités.
Après plus d'une décennie de procédures pénales ou civiles menées jusque devant la Cour de cassation, plus de 300 salariés travaillant sur les quatre sites Airbus français (Toulouse, Saint-Nazaire, Bougenais et Méaulte) ont obtenu réparation "soit devant un tribunal, soit par la négociation conventionnelle", rappelle la section CGT des retraités de l'aéronautique. Les derniers ont eu gain de cause en mai dernier.
Chacun a ainsi obtenu "90 000 € en moyenne, ce qui représente quelque 30 millions d'euros. Une somme qui est cependant loin de représenter la perte de salaire des 300 personnes sur de nombreuses années et, de fait, le montant actuel de leur pension de retraite"
La CGT a obtenu des tribunaux, au civil comme au pénal, la reconnaissance que le fait d'être militant de la CGT était de nature à "bloquer l'évolution des arrières. Il faut savoir que les adhérents de la CGT n'accèdent pas aux postes à responsabilités chez Airbus. Aujourd'hui encore, aucun chef d'équipe, aucun cadre n'est à la CGT...".
Les retraités CGT n'en ont toutefois pas fini avec la justice. "Dix-sept dossiers sont toujours en cours, dont celui d'un Nazairien décédé au début de l'année". Le combat continue.

Emploi des anciens, départ pour pénibilité, embauche des jeunes : c'est le moment d'agir !

Pour éviter une pénalité de 1 % de la masse salariale, toutes les entreprises de plus de 50 salariés devront au 1er janvier 2010 appliquer un plan pour l'emploi des seniors. Aucun respect spécifique des seniors ne motive cette obligation (sinon le départ anticipé pour pénibilité serait en place depuis longtemps) mais le gouvernement veut baisser les sommes consacrées à la retraite en retardant l'âge de départ.
Ni biologiquement, ni économiquement, ni socialement, le recul de l'âge de la retraite ne se justifie.





Le recul de l'âge de la retraite ne se justifie pas biologiquement

Les progrès de la médecine, l'amélioration des conditions de travail, la protection sociale font que l'on meurt plus tard de maladie ou d'usure. Mais le vieillissement cellulaire est toujours là et justifie la retraite à 60 ans. Aussi, l'espérance de vie d'un salarié dans l'industrie lourde comme la métallurgie est inférieur de 7 à 9 ans à celle d'un cadre supérieur des professions libérales.



Le recul de l'âge de la retraite ne se justifie pas économiquement

Economiquement, le 20e siècle a vu exploser la productivité grâce à l'évolution des techniques et à la mécanisation. La participation de chacun à la vie sociale a dû se réorienter vers plus d'études et non vers plus de temps de travail. Vouloir à tout prix maintenir les gens âgés au travail c'est vouloir, dans une armée moderne, multiplier le nombre de fantassins.





Le recul de l'âge de la retraite ne se justifie pas socialement

Socialement, notre société ne peut pas contraindre des salariés à travailler au-delà de 60 ans et en même temps laisser des milliers de jeunes au chômage ou sans emploi, les privant de se construire un meilleur avenir.

Enfin, des pénibilités reconnues, mais aucune obligation à les réparer

Les négociations nationales engagées avec le patronat sur l'emploi des seniors n'ont toujours pas abouties. Que ce soit au niveau du Medef ou de l'UIMM. Pour le patronat, il est urgent de ne rien faire. Les patrons négocient mais ne veulent aucune contrainte et s'exonère de toute obligation d'objectifs.

Par exemple, l'UIMM
  • continue à affirmer que la prolongation des carrières professionnelles au-delà de 60 ans est incontournable indépendamment des nombreux jeunes au chômage,
  • elle retient des indicateurs bidons (nombre d'accès au site : www.uimm.fr) pour mesurer l'implication des entreprises et refuse de s'attaquer aux causes du découragement des salariés seniors pour le travail,
  • elle se fixe des objectifs insuffisants sur la formation ou le tutorat : faire passer de 7 à 10 % le nombre des plus de 45 ans accédant à une certification professionnelle par voie de VAE ou de formation financée par l'OPCAIM et à 20 % le nombre de tuteurs de plus de 45 ans pour les salariés en contrat de professionnalisation transmis par l'OPCAIM.
Les pénibilités reconnues

  • Fortes contraintes physiques (exemple : maintien et port de charges lourdes) ;
  • Fortes contraintes posturales et articulaires (exemple : vibrations) ;
  • Fortes contraintes d'ambiance provenant d'agents physiques ou chimiques (exemple : poussières, température) ;
  • Fortes contraintes liées au rythmes de travail (exemples : travail de nuit, travail alterné, décalé, longs déplacements fréquents, gestes répétitifs, travail à la chaîne, cadences imposées).
Si les pénibilités sont (enfin) reconnues, aucun moyen n'est pris pour
  • obliger les entreprises à répertorier les salariés qui les subissent ou les ont subies au cours de leur carrière,
  • financer les passages en temps partiel (5 ans avant la retraite permettant un départ 3 ans avant), l'entreprise étant simplement invitée à "examiner la possibilité de calculer les cotisations patronales et salariales sur un salaire reconstitué temps plein".

Humour et humeurs

Nostalgie

Je suis du baby-boom, 18 ans en 1968 ; je me pose souvent la question : comment notre jeunesse, aussi libertaire, a-t-elle pu engendrer une société aussi liberticide ?

Haut vol

Au lendemain des journées de commémoration de la chute du mur de Berlin, pendant lesquelles les médias nous ont décrit l'enfer "d'avant", la presse française nous informe (Le Parisien) que les vols dans les magasins en France ont encore augmenté de 3 % cette année. Arrivent en tête la viande, le fromage, les laits pour bébé... Tragique inversion de tendance. Pourtant, les médias nous apprenaient quelques jours plus tôt que les banques responsables de la crise avaient déjà récupéré une grande partie de leurs avoirs. Ce genre de vol ne doit pas être comptabilisé dans les mêmes statistiques !

Casseur

De source sûre, on apprend que Nicolas Sarkozy, armé d'une pioche, a participé à la chute de l'Empire romain en 476 (après J.-C., quand même).

Enquête

Le gouvernement français ne voit plus et n'entend plus le peuple français depuis si longtemps qu'il a demandé aux préfets de le renseigner sur ce que sont devenus les habitants de la France.

Merci, Voltaire

Je suis un immigré, arrivé dans ce pays à l'âge de 7 ans. A l'époque, je n'étais pas en âge de comprendre la chance que j'avais de "tomber" dans un si beau pays. Je l'ai compris plus tard, lorsque j'ai suffisamment appris de mes merveilleux(euses) instituteurs(trices), puis professeurs, pour aimer sans retenue la culture de ce pays d'accueil qui allait transformer, façonner mon avenir et, surtout, ma perception de ce monde... J'en serai éternellement reconnaissant au peuple français... Merci Molière, merci Corneille, merci Voltaire, merci Rousseau, merci Baudelaire, merci Robespierre, merci Hugo... et tellement, tellement d'autres auteurs que j'ai dévorés, jusqu'à la nuit des temps... Merci à tous ceux qui m'ont apporté une richesse immense, la liberté de penser, ainsi que leurs héritiers naturels, mes enseignants ! Je sais, vous n'en avez rien à faire, de mes allégories et allez me prendre pour un fou... Et pourtant, je vais le dire parce que j'ai mes papiers : le débat actuel me rappelle trop le pays fasciste que nombre de mes compatriotes.

lundi 16 novembre 2009

Situation des reclassements à Gandrange

A ce jour, les reclassements de Gandrange ne sont toujours pas terminés. L'objectif est que tout soit réglé pour fin décembre 2009.
Les réponses apportées aux 571 suppressions d'emploi sont les suivantes :
- 131 salariés sont concernés par des mesures d'âge,
- 276 salariés ont été reclassés ou sont encore dans un processus de reclassement (203 sont reclassés effectivement),
- 21 salariés ont opté pour un projet externe,
- et 133 ont été reclassés au sein du LCB.
La CGT concentre maintenant tous ses efforts sur les derniers cas de salariés toujours en attente d'une solution pérenne.

Encouragements et remerciements

Il n'est pas courant qu'un salarié syndiqué ou non à la CGT nous adresse un petit mot à l'occasion de son départ de l'entreprise pour nous faire part de sa reconnaissance. C'est pourquoi nous avons plaisir à publier ce petit mot qui nous va droit au cœur.

"Suite à ma mutation sur le Luxembourg et après signature de mon CDI en date du 24 septembre 2009 et n'étant plus concerné par rapport à mon adhésion syndicale française et ayant adhéré dans mes conditions à un syndicat luxembourgeois l'OGBL, je vous serai gré de bien vouloir arrêter tous prélèvements de cotisations syndicales sur mon compte courant. C'est avec amertume que je vous envoie ce courrier car il est vrai qu'au fil des années passées à travailler en France (35 ans), vous m'aviez bien épaulé et défendu et de par cette lettre je vous souhaite toutes satisfactions possibles dans vos luttes de l'avenir.
Bonne chance à tous et salutations".

La nouvelle paraîtra le 20 novembre

En 2001, la Vie ouvrière (la VO) est devenue la nouvelle Vie ouvrière (NVO). A partir du 20 novembre 2009, elle sortira avec un nouveau visage pour devenir un magazine bimensuel de 60 pages. La NVO était jusqu'à présent le seul hebdomadaire syndical. Cette nouvelle formule sera plus riche en pages et en contenu.
Petit aperçu à travers quelques-unes des 60 pages du petit dernier de la famille CGT.

















Mittal tranche dans ses effectifs


Le groupe ArcelorMittal continue de réduire ses effectifs en européens. De 128 931 salariés en 2007, puis de 130 051 en 2008, le groupe vient de passer à 112 958 salariés au troisième trimestre 2009. Les effectifs auront baissé de près de 17 500 entre 2008 et fin septembre 2009.
Cela n'est pas fini.

Les sidérurgistes de Mittal en Europe :


Renforcement du dialogue social

La Fédération Européenne des Métallurgistes (FEM) et la direction européenne d'ArcelorMittal ont signé un accord le 2 novembre. Cet accord prévoit le redémarrage des équipements, la négociation des changements et des opportunités destinées à améliorer l'employabilité des 112 000 salariés d'ArcelorMittal en Europe au cours de cette période difficile de diminution d'activités, et notamment le fonctionnement au ralenti des hauts fourneaux et des sites industriels.
Cet accord vise aussi à mettre en œuvre les transformations de l'industrie sidérurgique en Europe qui assureront la compétitivité et la durabilité à long terme. entre autres initiatives, cet accord prévoit un développement des compétences et une politique en matière de formation à long terme au sein du groupe, un dialogue social amélioré à l'échelon national et la mise en place d'un tel dialogue là où il n'existe pas encore.
Bart Samyn, secrétaire général adjoint de la FEM a commenté : "Cet accord apporte des éléments concrets pour gérer les effets de la crise et représente un pas dans la bonne direction au cours de cette période d'instabilité. De plus, il prévoit le développement des compétences en continu des salariés et le développement industriel durable à long terme d'ArcelorMittal en Europe. La FEM est d'avis que cet accord sera rapidement mis en œuvre sur tous les sites européens d'ArcelorMittal. La FEM sera vigilante et veillera à ce que l'accord soit appliqué dans son intégralité".

Gandrange : des mesures pour le LCB

Le moins que l'on puisse dire c'est que la conjoncture économique n'est pas très favorable au LCB. Et comme si cela ne suffisait pas, de nombreux problèmes viennent peser sur la marche du laminoir. Qu'il s'agisse de l'approvisionnement en billettes venues d'Allemagne, de l'alimentation de secours, du chargement et des expéditions des produits... Sur ces derniers aspects, la CGT a multiplié les interventions au CHSCT et sur le registre sécurité pour améliorer les choses. La Direction semblerait en tenir compte. Ainsi, il a été décidé de mettre en place plusieurs groupes de travail sur les sujets suivants :
  • L'application stricte des consignes et règles d'or permettent d'éviter les risques majeurs (pas d'agents sous une charge, évacuation du camion lors de la manœuvre, interdire l'accès plateau/camion au chauffeur, etc...
  • Formation et compréhension des règles et consignes : réalisation des selfs audit systématiquement pour les nouveaux entrants (AC ou TAB) et selfs audits réguliers pour les agents LCB.
  • Formations à l'élingage systématique pour tous les agents aux expéditions et Travaux à Façon.
  • Poursuivre la remise en état de l'éclairage dans les zones de chargement.
  • Etudier et tester une amélioration de l'éclairage sur la zone de travail des ponts.
  • Utiliser les wagons de transfert billettes TAB au lieu des FM de l'aciérie pour l'évacuation des ferrailles (30 m) et pour les transferts de halle des fardeaux de barre.
  • Continuer les essais avec le prototype d'échelle pour montée et descente des wagons. Consulter les équipes et réaliser les modifications nécessaires avant généralisation.
  • Améliorer la communication entre les chargeurs au sol et les pontiers au parc à barres. Tester les casques équipés de micros, les adapter si besoin.
  • Donner plus de moyens aux agents de maîtrise du chantier des expéditions pour améliorer le niveau de management. Réfléchir à augmenter la présence des managers sur le chantier.
  • Insérer sur les passerelles camions des supports pour les lecteurs codes à barres.
  • Trouver un système de fixation pour poser le lecteur codes à barres pendant les déplacements de l'agent.

49ème congrès : les orientations de la CGT

Préambule

Une CGT plus forte pour le développement humain durable, les conquêtes sociales, la démocratie.
D'emblée, la CGT affiche ses ambitions : un syndicalisme de transformation sociale, rassemblé, rassembleur. Un syndicalisme d'adhérents reposant sur le développement de la syndicalisation, des syndiqués impliqués dans l'activité syndicale. Une CGT qui ouvre ses portes à tous les salariés.



Première partie

De la crise à un développement humain durable.
Cette partie invite à prendre le temps du débat autour de l'analyse de la CGT, à réfléchir sur la nature et les causes structurelles de la crise à laquelle nous sommes confrontés.
Cela permet d'ouvrir sur la réflexion de la place du travail dans la société et la nécessité d'une nouvelle logique de développement social, économique et environnemental.
D'où l'importance de notre revendication du statut du nouveau travail salarié, décidée au 48ème congrès et qui trouve des débouchés dans certains accords collectifs ou conventions dans les entreprises ou bassins d'emploi, sur l'effective transférabilité des droits d'une entreprise à une autre.


Deuxième partie

Un rôle et des responsabilités accrus pour le syndicalisme, pour la CGT.
Le premier grand sujet, c'est la construction du rapport de forces et la capacité de la CGT à assumer ses responsabilités à tous niveaux de son champ d'intervention, avec un enjeu majeur : l'accent mis sur notre activité en direction et avec les jeunes.
Il est proposé aux syndicats d'en faire une priorité stratégique et une résolution spécifique est proposée.
Le deuxième sujet de cette partie traite des questions nouvelles qui ont émergé dans la tactique des luttes et le mouvement revendicatif unitaire avec pour socle commun la plate forme de propositions alternatives que les huit confédérations ont élaborée ensemble.
Le troisième sujet aborde la question de la représentativité qui, avec les débuts de mise en œuvre de la réforme, bouscule déjà les pratiques syndicales, patronales et gouvernementales. Il donne la légitimité et l'efficacité des syndicats qui sont en jeu.
La consultation des salariés à toutes les étapes de la négociation est un élément décisif de cette démarche.
La CGT ambitionne de contribuer, par tous les moyens possibles, à ce que les syndicats et les salariés se rassemblent et pèsent sur des contenus revendicatifs démocratiquement élaborés.



Troisième partie

Des modes d'organisation pour la syndicalisation du plus grand nombre de salariés.
Elle interroge sur l'efficacité de nos modes d'organisation, de fonctionnement pour la syndicalisation et les revendications dans tous les domaines touchant les conditions de travail et de vie des salariés.
Elle interpelle sur le renforcement en termes d'incontournable pour le rapport de forces et pour devenir le fil rouge d'un syndicalisme d'adhérents.
La philosophie de la résolution vise à responsabiliser les syndicats dans le processus de transformation en les associant à toutes les étapes de ce processus.

Le point sur...

Surendettement : La crise est passée par là

Entre les mois de janvier et septembre de cette année, 162 171 dossiers de surendettement ont été déposés à la Banque de France, soit une hausse de 17 % par rapport aux neuf premiers mois de 2008. "Avec 600 000 chômeurs de plus, il fallait s'y attendre. C'est la réalité brutale de la crise", déclare Denis Durand, délégué CGT à la Banque de France.

Chômage partiel : Mieux indemnisé

Le projet d'accord national interprofessionnel du 2 octobre 2009 sur l'amélioration de l'indemnisation du chômage partiel reprend deux des revendications de la CGT : la prise en compte des primes pour le calcul de l'indemnisation et l'assimilation des périodes de chômage partiel à du temps de travail effectif pour le calcul de la durée des congés payés.

Risques psychosociaux dans les PME

Le ministre du Travail demande aux entreprises de plus de 1 000 salariés d'ouvrir des négociations avant le 1er février 2010 en application de l'ANI du 2 juillet 2008 sur la prévention du stress au travail. La CGT s'en félicite, en revendiquant que toutes les entreprises soient concernées. D'autre part, l'accord-cadre européen du 26 avril 2007 sur le harcèlement au travail fait l'objet d'une négociation pour être transposé en droit interne.

France-Allemagne : Une ambition sociale

A l'issue de forum franco-allemand des syndicats des 13 et 14 octobre dernier à Berlin, la DGB, confédération allemande, et plusieurs syndicats français (dont la CGT) ont exhorté leurs gouvernements et l'Union européenne à miser sur des industries basées sur l'innovation, à aider les salariés à se maintenir dans l'emploi ou à en retrouver un en garantissant leur revenu, à mettre en place un vaste plan d'investissement européen et à peser pour que les normes fondamentales du Bureau international du travail soient respectées, bref à faire montre, entre autres, d'ambition sociale.

Sans-papiers : Appel pour une circulaire

Dans une lettre du 1er octobre au Premier ministre, cinq syndicats dont la CGT et six associations demandent la mise en place d'une circulaire de régularisation uniforme pour tous les travailleurs sans-papiers qui garantirait une égalité de traitement en préfecture. Plusieurs milliers de travailleurs sans-papiers sont en grève pour appuyer cette demande.

Crise : Le bout du tunnel

Le pays n'est pas sorti de la crise et "le plus dur reste à venir" pour 60 % des Français. 30 % des personnes interrogées affirment avoir vu les revenus de leur foyer diminuer depuis un an et un tiers des salariés du privé, avoir été confrontés dans leur société à des problèmes de suppressions d'emplois. Au total, 63 % des gens jugent "plutôt mauvaise" ou "très mauvaise" la politique économique du gouvernement.

Service public : 100 initiatives pour le logement social

La suppression du ministère du Logement qui devient secrétariat d'Etat et l'adoption de la loi Molle remettant en cause les principes d'égalité et de la mixité sociale signent clairement la volonté gouvernementale de s'attaquer au droit au logement pour tous. La CGT riposte avec sa fédération des services publics en lançant une campagne auprès des usagers associant les différents acteurs du logement.

Taxe audiovisuelle : Les promesses s'envolent

Nouvelle hausse du montant de la redevance audiovisuelle au 1er janvier 2010. "Et cela malgré les promesses du gouvernement de ne pas augmenter la taxe audiovisuelle avec la mise en œuvre de la réforme qui est effective depuis le début de l'année", remarque l'association de consommateurs Indecosa-CGT.

Chômeurs : Le public mieux que le privé

Le rapport du comité d'évaluation des expérimentations d'accompagnement renforcé des chômeurs indique que les cabinets privés sont moins performants que le service public de l'emploi dans l'aide au reclassement. De quoi alimenter des débats, alors que Pôle emploi vient de décider de confier l'accompagnement de 320 000 chômeurs supplémentaires à des opérateurs privés de placement.

La CGT à le vent en poupe

Les résultats du baromètre d'image de la CGT auprès des salariés, réalisé en septembre 2009 par l'Institut CSA, confirment pour l'essentiel les enseignements issus du scrutin prud'homal.
Ainsi, la CGT apparaît-elle pour la majorité des salariés "présente" (75 %), "combative" (70 %), "disponible" (67 %), "respectueuse de l'avis des salariés" (65 %), "capable de propositions" (59 %), "indépendante" (55 %), "ouverte" (54 %), "soucieuse de l'unité d'action" (51 %).
L'image de l'organisation s'est améliorée au cours de l'année écoulée puisqu'elle gagne des points sur l'ensemble des items proposés en particulier sur ceux de la "disponibilité" (+ 6 points) et de l'"indépendance" (+ 7 points) par rapport aux résultats du baromètre 2008.
La CGT apparaît aussi plus "constructive", "réaliste" et "efficace" que l'an passé (+ 3 points).
L'enquête livre également des éléments intéressants quant au "degré de mobilisation potentielle" des salariés. Pour défendre leurs intérêts, ils seraient personnellement prêts à "signer une pétition" (88 %), "répondre dans l'entreprise à une consultation organisée par les syndicats" (75 %), "manifester" (71 %), "soutenir des salariés d'autres entreprises dans leurs actions" (70 %), "participer à une assemblée générale" (67 %). Les partisans de la grève et de la manifestation gagnent 6 points par rapport à l'an passé.

A voir et à lire

  • Cinéma : Retour en Résistance
A travers le portrait de son ami Walter, Gilles Perret relate la colère de résistants qui dénoncent le casse des acquis du Conseil national de la Résistance. Certaines scènes avec Sarkozy et Accoyer illustrent "l'escroquerie politique et culturelle" dont se rendent coupables les dirigeants du pays. Sortie le 4 novembre.

  • Enquête : Le travail m'a tué
Deux journalistes, P. Moreira et H. Prolongeau ont enquêté sur le suicide et la mort par épuisement en entreprise. Dans l'industrie comme dans les services, une personne succombe tous les jours à son travail. Les coupables ? Les modes d'organisation et les conditions de travail...

  • Essai : Dix propositions
La crise de l'économie mondiale prend sa source dans un modèle de développement fondé sur la dévalorisation du travail, analysent les auteurs J.-C. Le Duigou, secrétaire de la CGT et l'économiste N. Mansouri-Guilani. Ils formulent dix propositions destinées à nourrir une construction économique et sociale alternative.

  • Web : Au pays des mineurs
Dans "Voyage au bout du charbon, documentaire d'un genre nouveau de Samuel Bollendorf et Abel Ségrétin, le spectateur est mis dans la peau d'un journaliste qui enquête sur les dégâts de l'exploitation du charbon en Chine. Passionnant.

Humour et humeurs

Savoir-vivre

Annoncer le plan cancer le 2 novembre, jour des morts, c'est d'un goût...

Douce France

Sur ma carte d'identité, je veux bien qu'il y ait ma photographie, pas celle d'un salaud. Si posséder l'identité française c'est admirer un drapeau, un hymne national et rejeter l'être humain différent et ainsi le pousser à se replier dans le communautarisme, pour ensuite lui reprocher de ne pas "vouloir s'intégrer". Alors, je n'y suis pour rien, on ne choisit pas sa famille... Si le pays où je suis né, où je vis, où je vote, celui de mes ancêtres, dépense des fortunes pour renvoyer mourir chez eux des êtres humains qui ne demandent qu'à participer à la vie d'un pays qui voudrait bien les accueillir, comme l'ont toujours fait les immigrés avec beaucoup de courage et d'humilité... Alors cette identité n'est pas la mienne. Alors je perds mon identité.

L'ère du soupçon

Quand on voit resurgir la décision nauséabonde de ficher les mineurs dès 13 ans, au motif qu'ils sont "susceptibles de commettre des délits", on se rend compte que le président de la République française n'a pas du tout commis un lapsus en appelant "coupable" l'ancien Premier ministre, avant que le procès Clearstream se soit déroulé : d'une société de citoyens présumés innocents, nous entrons bel et bien dans une société de présumés coupables !

Cas d'école

Pour un Français, qu'est-ce qui est le plus grave : ne pas chanter La Marseillaise ou aller payer ses impôts en Suisse ?

Y'a pu d'saisons

Fournitures scolaires en juin, décoration et chocolats de Noël fin octobre... Prévision pour décembre : chocolats de Pâques !

Ainsi soit-il !

Il y a des moments exceptionnels dans la vie de la CGT. Celui que nous allons vous conter fait partie de ceux-là. Un moment simple, chaleureux et plein d'humour. Une petite douceur dans ce monde de bruts.
Voici l'histoire de la nonne et de la CGT.

Sœur M. écrit à la CGT

"Madame, Monsieur,
Religieuse cloîtrée au monastère de la Visitation de Nantes, je suis sortie, cependant, le 19 juin, pour un examen médical. Vous organisiez une manifestation. Je tiens à vous féliciter pour l'esprit bon enfant qui y régnait. D'autant qu'un jeune membre de votre syndicat m'y a fait participer ! En effet, à mon insu, il a collé par derrière sur mon voile l'autocollant CGT après m'avoir fait signer par une légère tape dans le dos pour m'indiquer le chemin. C'est donc en faisant de la publicité pour votre manifestation que j'ai effectué mon trajet. La plaisanterie ne me fut révélée qu'à mon retour au monastère. En communauté, le soir, nous avons ri de bon cœur pour cette anecdote inédite dans les annales de la Visitation de Nantes. Je me suis permis de retraduire les initiales de votre syndicat (CGT = Christ, Gloire à Toi). Que voulez-vous, on ne se refait pas. Merci encore pour la joie partagée. Je prie pour vous.
Au revoir, peut-être, à l'occasion d'une autre manifestation.
Sœur M."





Frère Bernard... lui répond

"Ma sœur,
Je suis persuadé que notre jeune camarade, celui qui vous a indiqué le chemin, avait lu dans vos yeux l'humanité pure et joyeuse que nous avons retrouvée dans chacune des lignes de votre lettre. Sans nul doute il s'est agi d'un geste inspiré, avec la conviction que cette pointe d'humour "bon enfant" serait vécue comme l'expression d'une complicité éphémère et pourtant profonde. Je vous pardonne volontiers votre interprétation originale du sigle de notre confédération car nous ne pouvons avoir que de la considération pour un charpentier qui a révolutionné le monde.
Avec tous mes sentiments fraternels et chaleureux,
Bernard Thibault, Secrétaire général de la CGT".

lundi 9 novembre 2009

Une réalité occultée : la souffrance au travail


Marie Pezé, psychanalyste, a ouvert la première consultation spécialisée sur la souffrance au travail. Chaque jour, elle rencontre des hommes et des femmes en proie d'un mal qui en dit long sur le monde dans lequel nous vivons. Rencontres avec des abîmés du productivisme, des estropiés de "l'évaluation individualisée des performances", des fracassés du harcèlement. Toutes ces souffrances témoignent de la cruauté des rapports sociaux, de la dissolution des solidarités traditionnelles en entreprise et de la nocivité du management libéral. Cette orgie de violence sociale (voire orange, Thalès, Renault, etc...) laisse beaucoup de travailleurs dans des états de détresse difficilement imaginables. On peut mesurer l'extraordinaire impact du travail sur le corps et le psychisme. Pourtant, devant ce constat, les patrons et les pouvoirs publics cherchent la réponse dans le déni, de chercher des faiblesses dans la fragilité inhérente à l'humain plutôt que dans l'organisation du travail et la logique du système car, si la France se classe au troisième rang mondial de la productivité horaire, elle est aussi au troisième rang mondial du nombre de dépressions liées au travail. Neuf cents travailleurs ouvriers, employés, cadres franchissent chaque année le seuil du cabinet médical de Marie Pezé.

RENCONTRES


Elle est assistante sociale

Cette femme a une cinquantaine d'années et le visage miné par l'angoisse et les nuits sans sommeil. De son métier d'assistante sociale auprès d'adultes handicapés ou de familles en difficulté, elle
parle avec passion : C'est comme être maçon. Quand on voit le mur monté, on est satisfait, même si le travail est dur". Elle dit aussi : "Ma vie est un conte de fées, j'ai un mari super, des enfants magnifiques", et elle ajoute : "Je me le répète aujourd'hui tous les jours pour ne pas mourir". La vie de cette femme a basculé le jour où elle a accepté d'accompagner à un entretien une collègue victime de harcèlement sexuel par un supérieur. La direction n'a pas cru sa collègue, l'a licenciée, mais a contraint le harceleur à la démission. Cherchez l'erreur. Cette femme était devenue le témoin gênant d'une affaire gênante. A pousser dehors, donc. Mais, pour elle, le travail ne se réduit pas à un salaire, c'est aussi un élément structurant. Alors elle résiste, pare les mauvais coups, les entretiens humiliants, la dévalorisation de son travail, la fabrication de fausses preuves pour la prendre en faute. A bout de forces et d'épuisement, traversée par l'idée du suicide, elle finit par accepter à contrecœur un arrêt de travail. C'était le premier de sa carrière. Elle a été placée en maladie longue durée, l'inspection du travail a mené son enquête et l'audience devant les prud'hommes a été reportée. "Vous êtes en danger et je veux que ça s'arrête. Je vais demander au médecin du travail de vous rédiger une inaptitude à tout poste de travail dans cette entreprise pour danger grave et immédiat. Promis : quand vous aurez rompu le lien avec cette entreprise vous irez bien mieux". "Chez les femmes, la souffrance au travail provoque des dégâts loin d'être encore tous mesurés", explique Marie Pezé. "Elles présentent un taux de pathologie gycécologiques (perte de règles, kyste de l'ovaire, cancer du sein ou du col de l'utérus...) bien au-dessus de la norme acceptable". C'est l'exemple d'une victime parmi tous ces milliers de femmes et d'hommes qui souffrent. Parmi elles, les femmes les moins qualifiées qui vivent seules avec leurs enfants sont particulièrement exposées à la souffrance.


Il est cadre supérieur

Il est cadre supérieur et travaille très dur dans une entreprise. Il est à un peu plus de quatre ans de la retraite. Tout en lui (habillement, attitude...) dit le mal-être. Il refuse de cautionner des pratiques professionnelles qu'il juge contraires à son éthique et trop éloignées de celles de son entreprise avant qu'elle ne soit privatisée. Il est devenu réfractaire au changement. Il est ostracisé. Il confie d'une voix lasse que "dans la querelle des anciens et des modernes, les anciens c'était bien aussi". Il ne partira pas, parce qu'il a calculé que c'est environ un quart de sa retraite qui se joue dans les quatre années à venir. Il conclut en tr
ois mots : "Je vais résister".



Elle est étudiante

Cette jeune étudiante travaille à temps partiel pour payer ses études dans un magasin appartenant à une chaîne de chaussures. Tout se passait bien avant qu'une nouvelle responsable ne soit nommée et qu'elle ne découvre à la fois l'injustice d'être prise pour cible sans raison apparente et l'indifférence de ses collègues à son sort. En très peu de temps, elle se voit imposer des horaires impossibles, reprocher sa santé précaire, dénigrée. "Elle est mon pire cauchemar", dira un jour aux autres vendeuses celle qui lui en fait désormais vivre un quotidiennement. Si les histoires de harcèlement finissent mal en général, celle-là a une morale. En l'absence de médecin du travail (ce qui est illégal), le médecin contacte la DRH, qui reconnaîtra les faits et fera muter la responsable du magasin. Cette étudiante y a gagné des conditions de travail normales, mais reste minée par l'injustice qui lui a été faite et "l'hypocrisie" de ses collègues. Son âge a des valeurs que le temps n'a pas encore émoussées.
Question : Le chacun pour soi, l'absence de solidarité dans le travail peut-il tuer tout autant que les pratiques d'une responsable ?



France Télécom était alerté !

L'inspection du travail adresse au président-directeur général de France Télécom, Didier Lombard, un courrier que la direction de l'entreprise s'est bien gardée de rendre public. Et pour cause, dans cette lettre, on lit ceci : "La démarche d'évaluation des risques psychosociaux s'accommode mal d'une logique de réorganisation permanente impactant la vie professionnelle et privée des personnels de la SA France Télécom et susceptible de porter atteinte à leur état de santé mentale. Aussi, compte tenu de la gravité de la situation et afin de prévenir tout risque de suicide supplémentaire, il semblerait raisonnable de suspendre les réorganisations, restructurations affectant les conditions de travail des personnels, en termes de lieu de travail, métier fonction, rémunération jusqu'à la restitution par le cabinet Technologia de ses conclusions". Et pour ne pas laisser d'ambiguïté sur le sens de sa démarche, l'inspection du travail conclut : "Pour finir, j'attire votre attention sur le fait que l'enquête que je diligente et les procédures en cours dans plusieurs services d'inspection du travail sont susceptibles de conduire à la mise en cause de responsabilités tant de personnes physiques de de la personne morale de France Télécom. Dans un tel contexte, tout nouveau suicide dont les circonstances permettraient de penser qu'il est en lien avec les conditions de travail au sein de la société pèserait lourdement dans l'appréciation des faits".


Elle est éducatrice spécialisée

"J'en étais à espérer avoir un cancer". La femme qui prononce ces mots a la cinquantaine, le visage en cendres et dans la main un mouchoir qu'elle n'en finit plus de triturer. Elle raconte avec un mélange de passion et d'émotion difficilement contenue son travail quotidien d'éducatrice spécialisée. En l'écoutant, on se prend à penser que les familles qui ont eu a faire à elle ont eu beaucoup de chance. En l'écoutant, on ne peut qu'éprouver un infini respect pour le professionnalisme et l'humanité dont elle semble avoir fait preuve dans un travail où chaque jour on se coltine des situations de grande détresse. Pascale fait partie de ce que Marie Pezé appelle des "salariés sentinelles". Ces individus expérimentés qui maintiennent la cohésion dans un collectif de travail et perçoivent très en amont les conséquences parfois insupportables des modifications apportées à l'organisation du travail. Ces "salariés sentinelles" sont toujours les premiers à réagir en cas de problème. Ils encaissent beaucoup et en payent souvent l'addition.
Depuis des années, cette éducatrice est confrontée à une baisse des effectifs et des moyens dans son service. Des restrictions vite insupportables quand on touche à l'humain. "Nous arrivons de moins en moins à obtenir des aides d'urgence. On nous demande toujours plus sans prendre le temps de la réflexion. Notre travail s'est dégradé et mon expérience me permet de dire qu'il est intolérable de travailler de cette manière". Elle a pourtant tout donné pour palier les manques et continuer à exercer son métier dans l'éthique qui était la sienne. Elle s'est épuisée physiquement et mentalement, refusant longtemps l'idée de s'arrêter. "Je pensais aux enfants, à ce qu'il fallait faire. A tout ce qu'il fallait faire. Dans mon métier, quand on ne vient pas, les choses ne se font pas". D'où l'idée du cancer, une maladie suffisamment grave pour s'autoriser à soufflet.
Profondément affectée par le sort d'un enfant qu'elle suivant, cette femme a fini par rendre les armes. Elle est en arrêt maladie depuis quelques mois. Toujours fragile, porteuse d'une expérience et d'une lucidité qui ne sont plus que souffrance. Face à elle, on est désarmé, respectueux et en colère. Ce ne sont pas les travailleurs qui sont malades, c'est le travail.
Au cours de l'entretien, Marie Pezé a discrètement pris une petite boîte dont elle a extrait un comprimé oblong.
On ne sort pas indemne de l'écoute continuelle d'un tel flot de souffrance. Elle a payé au prix fort : perte de l'usage du bras droit, effacement du goût et de l'odorat, dégringolade dans le trou noir de la décompensation... C'était il y a sept ans. Aujourd'hui, Marie Pezé va mieux, mais son corps réclame son dû à heure fixe. Elle ne s'en cache pas, ne s'apitoie pas, en plaisante. "Je suis bionique. Je prends les mêmes médicaments que mes patients. C'est un avantage. Je sais ce qu'ils vivent".

Les pathologies psychosociales au 1er rang

Le Réseau national de vigilance et de prévention des pathologies professionnelles (RNV3P) révèle que, pour la première fois, les pathologies psychosociales (anxiété, stress, dépression, etc.) arrivent au premier rang des maladies professionnelles pour lesquelles les salariés vont consulter. Elles représentent plus du quart d'entre elles.





Suicides reconnus accidents du travail

Une étude de la Caisse nationale d'assurance-maladie (Cnam) révèle que, de janvier 2008 à juin 2009, vingt-huit suicides ont été reconnus comme accidents du travail sur les soixante-douze demandes étudiées. L'étude témoigne de la diversité des publics : un tiers de suicides déclarés concerne des personnes très qualifiées (trois "dirigeants" et vingt et une "professions intellectuelles supérieures", un tiers des professions intermédiaires et des employés de bureau et le dernier tiers des salariés peu qualifiés (ouvriers, conducteurs, manœuvres). Tous égaux devant la souffrance au travail.

Une mise en garde du docteur Marie Pezé sur la violence sociale

"Les séquestrations, les sabotages de l'outil de travail, nous n'avons pour l'instant assisté qu'aux prémices de tout cela. Ils sont à venir, et probablement de manière grave.

Pénibilité : le patronat refuse d'en discuter !

Depuis près d'un an et demi, les négociations avec le Medef sur la pénibilité et la retraite piétinent. Elles ne débouchent sur rien. Le patronat ne veut pas en parler.
La CGT fait de la reprise des négociations sur la prise en compte de la pénibilité dans l'âge de la retraite, "un préalable" à de nouvelles discussions sur la réforme des retraites. Le secrétaire général de la CGT entend "augmenter la pression sur les politiques" sur ce dossier bloqué depuis juillet 2008. Le patronat avait alors mis fin aux négociations sur le sujet, renvoyant la balle au gouvernement. "Il ne s'est rien produit depuis", a rappelé Bernard Thibault, qui regrette "et malgré les changements" successifs de ministres du Travail intervenus depuis. Le patronat ne souhaite pas négocier, cherchant à utiliser le rendez-vous sur les retraites fixé par le président de la République en 2010 pour noyer le sujet dans la problématique générale des retraites. La CGT estime que "cette ficelle est un peu grosse". Il souhaite ainsi s'exonérer de cette négociation en demandant à ce que les autres salariés mettent la main à la poche, si d'aventure il y a des mesures spécifiques pour ceux qui occupent des emplois pénibles. Faire de la pénibilité au travail une sorte de monnaie d'échange est, pour la CGT, inacceptable !

Les risques psychosociaux du travail : indicateurs provisoires

Les six dimensions de risques


Le collège d'expertise sur le suivi statistique des risques psycho-sociaux au travail a présenté ses indicateurs provisoires aux syndicats. Sa mission est de préciser ce qui doit être mesuré pour apprécier le niveau de ces risques. Le co
llège a retenu, à titre provisoire, six dimensions de risques à caractère psychosocial : les exigences du travail, la charge émotionnelle, l'autonomie et les marges de manœuvre, les rapports sociaux et les relations du travail, les conflits de valeur et l'insécurité socio-économique. Il doit poursuivre ses travaux et proposer une liste définitive d'indicateurs à la mi-2011.






Risques liés aux exigences

Le collège d'expertise retient plusieurs indicateurs pour décrire les exigences au travail : la quantité de travail, la pression temporelle, la complexité du travail et les difficultés de conciliation entre les vies professionnelle et personnelle.
S'agissant des exigences émotionnelles, le collège identifie les indicateurs suivants :
  • l'épuisement émotionnel et la difficulté à être disponible émotionnellement pour ses proches, après le travail ;
  • la facticité des émotions, avec le sentiment pénible de continuer, après le travail, à "mimer" mécaniquement des émotions que l'on ne ressent pas. Ceci correspond plutôt aux métiers du tourisme et du commerce, où il faut sans cesse avoir l'air enjoué. Certaines recherches ont mis en évidence une corrélation possible entre la répression des émotions au travail (celle de la colère par exemple) et l'augmentation des troubles musculosquelettiques et de l'hypertension artérielle ;
  • le contact direct et les tensions avec le public ;
  • l'empathie et le contact avec la souffrance ;
  • la peur au travail.


Risques liés à l'autonomie et rapports sociaux

Le collège a également défini des indicateurs concernant l'autonomie et les marges de manœuvre au travail. Il s'agit de : l'autonomie procédurale, c'est-à-dire la liberté de décider comment faire son travail et de pouvoir l'interrompre momentanément quand on le souhaite ; la prévisibilité du travail ; l'utilisation et le développement des compétences (avoir l'occasion d'apprendre des choses nouvelles) ; la participation et la représentation, soit le sentiment d'être consulté lors de la mise en place de changements organisationnels ou technologiques.
Concernant les rapports sociaux et les relations de travail, quatre indicateurs sont proposés :
  • le soutien social au travail (nombre de contacts et qualité du soutien procuré sur différents plans) ;
  • la violence au travail. Cette dernière, et en particulier la violence psychologique, constitue un des facteurs de risques majeurs de troubles dépressifs et une des premières causes externes de suicider. Elle peut être caractérisée comme une situation dans laquelle un individu subit de la part d'une ou plusieurs personnes de l'entourage professionnel (collègues, hiérarchie) des comportements hostiles de façon prolongée, cherchant à le blesser, l'isoler ou l'exclure ;
  • la reconnaissance des efforts consentis pour effectuer un travail de qualité et les récompenses qui en découlent en terme de déroulement de carrière, de rémunération, de sécurité de l'emploi et d'estime de la part de la hiérarchie et des collègues. Il s'agit également du sentiment que son travail est "utile aux autres" ;
  • le leadership, c'est-à-dire la clarté de ce que l'on a à faire dans son travail.

Risques liés aux conflits

Des indicateurs visent également les conflits de valeur. Il s'agit de "l'obligation de travailler d'une façon qui heurte sa conscience professionnelle". Cette contrainte a un effet sur la santé mentale Les personnes concernées peuvent adopter différentes stratégies défensives, telle que l'hyperactivité. Peuvent être utilisés comme indicateurs le sentiment de faire dans son travail des choses que l'on désapprouve (vente abusive, réaliser des licenciements, etc.), et estimer ne pas avoir les moyens de faire un travail de qualité.
Enfin, l'insécurité de l'emploi, définie comme "l'impuissance ressentie à préserver la continuité souhaitée dans une situation de menace sur l'emploi", se manifeste notamment par le sentiment de "devoir changer de qualification ou de métier dans les années à venir", et de "ne pas se sentir capable de faire le même travail qu'actuellement jusqu'à 60 ans".