jeudi 15 janvier 2009

Je suis né juif, et aujourd'hui j'ai honte. Je m'appelle Serge Grossvak


Je suis juif et j'entends ces bruits, ces bombes, ces souffrances qui hurlent. C'est l'histoire qui me revient pour m'éclater à la face. L'histoire que mes parents m'ont léguée pour honnir la guerre honteuse. Je suis juif et je vois le sang, le sang qui coule sous les bombes comme à Guernica. Je suis juif et je sais la révolte désespérée contre l'étouffement et la famine du ghetto de Varsovie. Je sais l'indifférence absolue qui précédait, comme à Gaza. Je suis juif et je suis frère de racine et d'histoire de ces hommes d'Israël. Ces fils de victimes endossant aujourd'hui l'armure des bourreaux. Quelle honte, quel désespoir de voir ceux qui ont tant souffert, qui ont été tant terrorisés n'engendrer de leur passé qu'un abomineux dédain pour l'âme humaine ! C'est à désespérer... Ma mère, il était dur de naître en portant les souffrances de vos vies, mais les enfants d'aujourd'hui vont devoir affronter bien pire : la honte ! Gaza martyr, Liban martyr, Jenine martyr et rien d'autre ne vibre dans leur âme qu'un énervement et une volonté de soumettre ! Que leur demeure-t-il de sens humain ? N'auraient-ils plus qu'un Bush dans les os ? Les Palestiniens perdent leurs chairs, leur sang, leur terre. Les juifs perdent leur âme, aveuglément engagés derrière l'Etat d'Israël. L'horreur s'ajoute à l'horreur sans jamais permettre qu'émerge une étincelle d'intelligence. L'intelligence, la bonne intelligence...
La paix ! Cette paix qui en tout lieu du monde a la même science : celle du respect partagé. Cette paix de Kant pour tous les peuples de la terre. Ce respect est honteusement dénié en affirmant, en occupant, en excluant, en dominant.
Ce déni qui légitime la rage et fait monter les haines. Ce déni qui rend impossible la fin des armes et des souffrances. Ce déni qui nous plonge dans un massacre récurrent où la vie n'a plus la valeur d'une vie.
Le respect, c'est le droit, partout dans le monde. Le respect, c'est Israël entrant dans la loi du monde , comme tout le monde. La loi du monde délimite des frontières depuis quarante ans. Au-delà de ces frontières rien n'est à régenter, à occuper. Des frontières où commence la liberté des autres. Des frontières, tout simplement, comme partout dans le monde.
Des frontières pour que monte le respect, premiers pas, tout premier pas des humains.
Pour que demain les peuples partagent leurs rêves et que les frontières soient une invitation amicale aux rencontres.

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