Elles le sont absolument. C'est en tout cas ce que montrent les conséquences des précédentes réformes dont la CGT demandait qu'un bilan soit dressé. Les réformes de 1993 et de 2003 ont consisté à jouer sur des paramètres qui ont entraîné une forte baisse duniveau des pensions : autour de 20 %. Deux points précis sont notamment à l'origine de ce recul : le passage des dix meilleures années aux vingt-cinq meilleures années pour l'établissement du salaire de référence servant au calcul du montant des pensions dans le secteur privé et l'indexation, sur les prix et non plus sur les salaires, des salaires portés au compte. Nous avons besoin de tirer bilan de ces deux réformes. Elles montrent en effet que jouer sur le seul paramètre de l'allongement de la durée de cotisation non seulement ne règle aucunement le problème du déséquilibre de nos régimes de retraite mais dégrade de plus considérablement le niveau des pensions. En prétendant ne pas toucher au montant des retraites, le président de la République occulte ces conséquences et trompe donc les salariés.

Le gouvernement semble prêt cette fois-ci à satisfaire une vieille revendication du patronat : le recul de l'âge légal de départ en retraite. Quelles seraient les conséquences d'une telle mesure dont d'aucuns prétendent qu'elle ne changerait rien, l'âge de départ effectif étant déjà supérieur à 61 ans ?
Il y a beaucoup de confusion concernant les âges. Il ne faut pas confondre l'âge de cessation d'activité qui est aujourd'hui de 58 ans et 9 mois en moyenne, l'âge légal de départ en retraite qui est de 60 ans et l'âge effectif de départ en retraite qui est, lui, toujours en moyenne de 61 ans et demi. Prétendre que reporter l'âge légal ne changerait rien, puisque l'âge effectif de départ en retraite lui est supérieur, est évidemment une absurdité. D'abord parce que l'âge légal étant l'âge minimum à partir duquel on peut faire valoir ces droits à la retraite, l'âge moyen effectif de départ est forcément supérieur. C'est arithmétique. Ce qui signifie que si demain l'âge légal était porté à 61 ans,il y a fort à parier que l'âge de départ effectif passerait à 62 ou à 63 ans. Ensuite, parce que si l'âge effectif de départ en retraite augmente, c'est la conséquence des réformes précédentes qui, en durcissant les conditions d'accès à la retraite, contraignent de plus en plus de salariés à poursuivre leur activité parce qu'ils n'ont pas le plein de leurs droits à 60 ans. Enfin, reporter l'âge légal de départ en retraite ou allonger la durée de cotisation a exactement les mêmes effets. Il est clair que si la prochaine réforme devait reporter l'âge de départ en retraite et/ou allonger la durée de cotisation, la première conséquence serait une nouvelle baisse
du niveau des pensions.
En même temps, comment peut-on assurer aujourd'hui l'effectivité du droit à la retraite à 60 a
ns ?
En fait, le problème auquel nous sommes confrontés est le problème de la carrière. C'est pourquoi la CGT demande qu'on revisite la notion de carrière complète. Aujourd'hui, les jeunes rentrent en moyenne sur le marché du travail à 23-24 ans, ils trouvent un emploi stable autour de 30 ans, ensuite, entre 30 et 50 ans, là où le taux d'activité est le plus fort, ils connaissent une précarité qui s'est beaucoup accrue ces dernières années. Et à partir de 50 ans commence ce que j'appellerai "l'effet senior" qui les pousse à sortir de l'entreprise. Les analyses précises sur la sortie des seniors montrent en effet un décrochage à partir de 50 ans, ce qui fait qu'à 60 ans, il n'y a plus que 40 % des salariés qui sont au boulot. Le problème d'emploi est global. Il va falloir 41 ans de cotisations en 2012 pour avoir droit au plein de ses droits. Quel est aujourd'hui le salarié qui, rentrant sur le marché du travail à 23 ans, aura le plein de ses droits à 60 ans ? Il faut donc bien revoir cette notion de carriè
re complète.
Qu'est-ce que cela signifie concrètement ?
Pour nous, revoir la notion de carrière complète, c'est examiner comment il est possible de mettre en œuvre des dispositifs de solidarité permettant aux salariés de faire valoir des périodes qui aujour
d'hui ne sont pas prises en compte dans les droits à retraite. C'est notamment le cas des périodes d'étude et de formation. Nous proposons ainsi qu'à partir de 18 ans, qui est l'âge revendiqué par la CGT pour la scolarité obligatoire, tout le monde puisse valider des droits à la retraite par une cotisation qui pourrait être prise sur la solidarité nationale. La période de formation constitue en effet un atout pour toute la société y compris pour les entreprises, puisqu'elle concourt à augmenter le niveau de qualification et à améliorer la productivité du travail. On peut très bien envisager une part de solidarité vis-à-vis de ces jeunes et ensuite faire en sorte que, jusqu'à l'âge auquel ils prétendent faire valoir leurs droits à retraite, ils puissent faire valider des droits qu'elle que soit leur situation.
Il s'agit, en quelque sorte, de construire, à côté de la Sécurité sociale professionnelle, une sécurité concernant les droit à la retraite de façon à ce que le salarié ait véritablement le choix de partir ou de rester au travail. La CGT ne revendique pas que tous les salariés partent à 60 ans, nous demandons simplement qu'ils puissent le faire. Ajourd'hui, beaucoup de salariés n'ont d'autre choix que de continuer à travailler parce qu'ils n'ont pas le plein de leurs droits et qu'ils disposent d'une pension trop faible.
Comment peut-on aujourd'hui augmenter les ressources de notre système de retraite ?
La CGT fait toute une série de propositions. La première est d'élargir l'assiette des cotisations. Un rapport de la Cour des comptes chiffrait l'an passé entre 8 et 9 milliards d'euros le manque à gagner que représente pour notre système de protection sociale le fait que tout un ensemble d'éléments de rémunération, l'intéressement, la participation en encore les stock-options, n'est pas soumis à cotisations. Il y a là une source de financement chiffrée autour de 3 milliards pour l'assurance vieillesse. Ce n'est pas rien.
La CGT propose également une modulation des cotisations en fonction du rapport masse salariale sur valeur ajoutée. Cette modulation serait favorable aux secteurs à forte main-d'œuvre mais serait aussi de nature à favoriser l'emploi et les entreprises qui jouent le jeu en matière salariale. Davantage de salaire, c'est forcément plus de cotisations. Troisième élément, il existe aujourd'hui une politique aberrante d'exonération des cotisations sociales. La CGT revendique une remise à plat de ces exonérations et leur conditionnement à des objectifs notamment en matière d'emploi. Il n'est pas possible de distribuer de l'argent aux entreprises sans aucune condition. Certaines d'entre elles perçoivent ces aides alors qu'elles licencient, elles se servent de cet argent pour financer les plans de sauvegarde de l'emploi, ce qui est proprement scandaleux.
Enfin, nous ne sommes pas opposés à une augmentation des cotisations : d'abord d'employeurs et ensuite salariés. Tous les sondages de la dernière période montrent d'ailleurs que les salariés préfèrent une augmentation de leur cotisation, si on leur garantit un départ à 60 ans et un niveau de pension qui leur permet de vivre dignement, à l'allongement de la durée du travail après 60 ans. Je crois qu'ils sont lucides sur le niveau d'emploi dans ce pays et sur le côté illusoire de l'allongement de la durée du travail : on n'arrête pas de nous rabâcher qu'il faut travailler plus longtemps, sauf qu'on n'est pas fichu de donner du travail aux plus de 55 ans...