lundi 28 avril 2008

Le CODELAM communique

Suite à l'appel du CODELAM, un cadre nous a écrit :

Mesdames, Messieurs,

J'ai bien reçu votre courrier du 14 avril 2008 et je souscris entièrement à votre analyse de la situation de Gandrange.

Je joins à la présente le bulletin de soutien ainsi qu'un chèque de 50 €.

Je suis personnellement très impliqué dans ces problèmes de fermeture d'aciéries électriques car ce qui s'est passé ces dernières années en France me révolte en tant qu'ancien aciériste et en tant que citoyen français.

Ancien aciériste
J'ai travaillé pendant plus de vingt ans à Sollac Florange où j'étais responsable des "études aciéries". Je suis, entre autres, à l'origine du choix des convertisseurs LWS qui équipent l'aciérie de Serémange qui permettaient d'affiner efficacement la fonte phosphoreuse mais qui s'avèrent aussi très adaptés pour élaborer les aciers à bas carbone, voire à très bas carbone ce qui donne un avantage à cette aciérie par rapport aux autres qui n'ont pas de soufflage par le fond.

Citoyen français
Toujours passionné par les problèmes de sidérurgie et des aciéries électriques entre autres, j'ai appris avec tristesse que le 30 juin 2004 a été fermée l'aciérie d'Ugine Ardoise à Laudun (30) et le 30 septembre 2006 l'aciérie d'Ugine Isbergues (62) au profit d'une aciérie construite à Charleroi en Belgique. Ces deux aciéries employaient chacune environ 400 personnes et produisaient environ 500 000 tonnes d'acier inoxydable par an.

Toutes ces fermetures d'aciéries françaises, sans qu'il y ait de compensation, m'ont profondément choqué, voire révolté, et m'ont conduit à examiner la matière première qu'utilisent ces aciéries électriques à savoir les ferrailles qui sont en fait un déchet noble que chacun d'entre nous génère à raison de quelques dizaines de kilogrammes par an, ou plus selon le cas.
A ma demande, les Douanes Françaises, m'ont transmis la statistiques des importations/exportations de ferrailles et il s'avère qu'avant la fermeture d'Ugine Ardoise le solde était déjà exportateur de 1,2 million de tonnes par an et qu'il est monté à 1,8 million de tonnes par an suite à la fermeture d'Ugine Ardoise.
Actuellement, suite à la fermeture d'Ugine Isbergues, il dépasse largement les 2 millions de tonnes par an.
Avec la fermeture annoncée de l'aciérie de Gandrange (57), le solde exportateur dépassera les 3 millions de tonnes par an !
Cette situation est totalement aberrante d'autant plus que notre électricité, grâce à nos centrales nucléaires (ou à cause de, selon la sensibilité de chacun) est la moins chère d'Europe.
Si on rajoute à cela le fait que l'élaboration d'acier par fusion de ferrailles au four électrique dégage beaucoup moins de CO2 que la filière minerai/fonte et que les quotas de CO2 sont distribués avec parcimonie, l'aberration sur le plan de l'utilisation de nos ferrailles confine à la folie !

Conclusion
Aussi, devant une telle situation, je préconise, et sans que les instances européennes de Bruxelles ne puissent s'y opposer, que la France valorise elle-même ses déchets nobles, à savoir les ferrailles, et par là, garde ou crée près d'un millier d'emplois, sans parler de la valeur ajoutée au niveau des ferrailles qui seraient transformées en produits longs.

Concrètement et très rapidement, il faut créer, avec des capitaux français, une société qui reprenne l'aciérie avec le train à billettes de Gandrange, d'une part, pour y faire les investissements nécessaires et, d'autre part, pour la réorganiser afin de dégager un résultat positif.

Par ailleurs, dans le même ordre d'idées, il faut construire une aciérie électrique d'environ un million de tonne par an dans l'Ouest de la France et une autre dans le Sud pour valoriser nous-même les deux millions de tonnes de ferrailles que nous exportons par an actuellement.

Pour ma part, j'estime qu'il était de mon devoir de vous informer de cette situation car en Lorraine on a pas beaucoup parlé, voire pas du tout, de la fermeture des aciéries d'Ugine Ardoise et d'Isbergues et de la dérive de notre industrie sidérurgique et de la valorisation de nos ferrailles.

Je reste à votre disposition pour toute discussion ou action qui pourrait aider à résoudre le problème de Gandrange et celui de la filière "aciéries électriques françaises".

Je vous prie d'agréer, Mesdames, Messieurs, l'expression de mes sentiments les meilleurs.

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